Guide du parking vélo dans l’espace public

Nous pouvons constater que les collectivités des Alpes-Maritimes considèrent à présent le vélo comme un réel mode de déplacement. Il est une des solutions à nos routes engorgées : l’investissement réalisé est rentabilisé très rapidement.

Bien sûr, les infrastructures telles que des pistes cyclables sécurisées sont indispensables pour convertir des automobilistes vers le vélo.

Cependant, ce sont des investissements lourds, avec des délais longs et qui ne peuvent pas donner des résultats immédiats.

Il existe un type d’aménagement qui permet d’encourager à la pratique du vélo avec de nombreux avantages : très peu cher, facile à mettre en place et sécurisant pour les autres usagers.

L’installation de parkings accueillant les vélos est tout simplement le meilleur moyen d’encourager à la pratique du vélo dans sa ville pour l’investissement réalisé.

 

Le but d’un parking vélo est de permettre à l’usager d’accrocher son vélo en optimisant les chances de le retrouver en bon état lorsqu’il désire quitter son stationnement. Dans la plupart des cas, on ne peut pas le garantir : il s’agit d’augmenter la probabilité…

Quelle que soit la solution choisie, il faut rappeler que ces dispositifs ne sont efficaces qu’avec un bon antivol individuel (nous préconisons l’accrochage avec un antivol de type U qui prend la roue avant et le cadre du vélo).

Bonnes pratiques pour réduire le risque de vol : un cadenas en U et attacher le cadre + la roue avant à un point fixe

Le stationnement dans l’habitat collectif n’est pas traité ici, se référer au site de la FUB (Fédération des Usagers de la Bicyclette) pour plus d’informations sur le stationnement dans les espaces privés.

Le mauvais parking vélo

Avant d’établir quelle offre de stationnement proposer aux usagers du vélo, permettons nous de lister ce qu’il ne faut absolument pas faire au risque de réaliser un investissement qui ne sera pas optimal.

Parking de type pince-roues

Ces aménagements sont contre-productifs à plus d’un titre.

En effet, il est ici impossible d’accrocher le cadre du vélo, rendant le vol très facile (détacher une roue de vélo peut se faire en quelques secondes).

Les parkings type « pince-roues », comme à Nautipolis à Sophia-Antipolis, sont détournés pour une accroche plus sécuritaire.

Ce type de parking est aussi appelé le « voileur de roues » tant le risque de repartir avec une roue endommagée est grand. Investissement initialement peu cher mais non rentabilisé si non utilisé !

L’accroche type pince-roues est à proscrire : à la moindre pression la roue est voilée et le vélo endommagé.

Parking éloigné de toute commodité

Le vélo est compétitif par rapport à la voiture si on considère le trajet porte à porte et que l’on inclut le temps de recherche d’une place (souvent payante) en voiture.

Installer des parkings vélo loin des commodités est donc contre-productif : s’il faut 5 minutes de marche depuis son stationnement, les gains du vélo sont annulés.

Le stationnement vélo doit donc se trouver au plus près des commerces et lieux de vie. Autre avantage : on peut voir son vélo directement depuis l’intérieur du magasin ce qui limite le risque de dégradation ou de vol.

 

Parking nécessitant le franchissement d’escaliers

Un adhérent nous a fait parvenir une photo de son lieu de travail. Bien intentionné, le propriétaire a voulu proposer un stationnement pour les salariés venant à vélo.

Le problème ? Ce parking est :

  • composé de pinces-roues,
  • situé loin de l’entrée du bâtiment et
  • c’est une dizaine de marches qu’il faut franchir matin et soir pour aller garer son véhicule.

Sans surprise, le parking est continuellement vide (les vélos étant garés sur des emplacements non prévus mais bien plus accessibles)…

Les accroches type pinces-roues ne sont accessibles qu’après avoir franchi une dizaine de marches… Le parking est vide, rien d’étonnant à cela.

Dans le cas où le franchissement d’escalier est inévitable, l’installation d’une goulotte permet de faciliter le passage des vélos. C’est la solution utilisée dans la plupart des gares (ne disposant pas d’ascenseur) qui veillent à proposer le meilleur accueil aux usagers du vélo.

Goulotte permettant d’accéder à la passerelle. Gare de Reims.

 

Le bon parking vélo, rentable et efficace

Maintenant que nous avons évoqué ce qu’il ne faut surtout pas faire, voici nos recommandations en matière de parking vélo.

Pour déterminer quel type de parking implanter, il faut identifier quels usages sont ciblés. L’usage est défini par la durée pendant laquelle le vélo restera accroché. Nous pouvons distinguer trois principaux usages.

  • L’arrêt minute (maximum quelques dizaines de minutes).
  • Le stationnement moyenne durée (d’une à quelques heures).
  • Le stationnement longue durée (à la journée ou pour la nuit).

 

L’arrêt minute

C’est celui que l’on fait pour aller acheter le pain, faire ses courses.

Pour ce type de stationnement, de simples arceaux (en forme de U renversé) offrent le meilleur rapport sécurité/investissement. Pour environ 70€, 2 vélos peuvent être accrochés. Il faut veiller à ce que l’arceau soit bien ancré au sol (avec socle béton, non vissé).

L’arceau simple est le moyen préféré des usagers en plus d’être le moins cher. Appréciez le siège enfant maison réalisé sur ce vélo…

Sur la surface d’une place de stationnement voitures, ce sont 8 à 10 vélos qui peuvent prendre place.

On augmente ainsi significativement le potentiel pour les commerces à proximité (voir cet article en anglais) tout en diminuant la demande de parkings auto (8 personnes arrivant à vélo c’est autant de voitures en moins).

8 vélos prennent la place d’une voiture. Amis commerçants, imaginez le potentiel…

Pour attirer l’usager, il est important que le parking soit au plus près de l’entrée et bien visible. On peut aussi intégrer les parkings comme élément de décoration dans l’environnement urbain.

 

 

 

Ces exemples (et d’autres) sont issus d’un article de velo-design.

L’arrêt de moyenne durée

L’usager cible se rend dans ce cas à :

  • un centre sportif (piscine, gymnase, stade) pour pratiquer ou aller voir un match/une compétition,
  • un lieu culturel (aller au cinéma, théâtre…),
  • une école, un collège ou lycée,
  • toute autre destination où il restera plusieurs heures.

Ici, le budget disponible déterminera l’aménagement installé.

Le moins cher restent les arceaux, qu’il conviendra d’abriter pour protéger les vélos des intempéries et des regards.

Parking vélo abrité d’une école de Mouans-Sartoux. Depuis cette photo, des arceaux sont venus remplacer les pince-roues et le parking ne désemplit pas.

Un abri permet aussi de rendre le parking plus accueillant et montre une plus grande considération envers les usagers du vélo : « venez prendre place, on vous a même prévu un abri pour votre vélo ».

Si le budget le permet, on peut envisager des solutions plus onéreuses offrant de meilleurs services mais la combinaison arceaux & abri reste le meilleur rapport qualité/prix.

L’arrêt de longue durée

Il s’agit d’un stationnement en gare ou gare routière, sur un parking de covoiturage ou dans la rue pour les habitants ne disposant pas d’un garage ou de local à vélo.

Pour cette catégorie, il s’agit d’offrir un maximum de protection à l’usager et son vélo. Que ce soit contre le risque de vol ou les intempéries, l’objectif est de protéger le vélo et rassurer l’usager.

En effet, le public visé utilise son vélo comme mode de déplacement privilégié (en complément d’un autre mode la plupart du temps). Il faut donc garantir que l’usager pourra rentrer chez lui sans problème.

Les arceaux, même abrités, ne sont plus suffisant. Il faut protéger les vélos d’une enceinte fermée, accessible via un abonnement, empêchant les curieux et opportunistes de venir les dégrader ou dérober des accessoires.

En complément de la solution sécurisée, il est important de prévoir quelques arceaux pour l’usager occasionnel ou celui qui vient à vélo pour la première fois et qui n’est pas encore abonné.

Un affichage invitant à se rapprocher de la collectivité responsable des abonnements encouragera des déplacements plus réguliers à vélo.

La vélo-station

La vélo-station est très utilisée aux abords des gares qui voient de nombreux voyageurs arriver en vélo. C’est le cas aux Pays-Bas (près de 50% des voyageurs arrivent à la gare à vélo !) mais aussi en Alsace (et ce même dans des « petites » gares). On peut voir que le stationnement sécurisé se développe aussi dans d’autres villes et régions françaises. C’est le cas à Nantes ou Grenoble qui vient d’inaugurer un complexe pouvant accueillir 1200 vélos !

 

Après inscription et contre abonnement, l’usager peut garer son vélo en toute tranquillité, prendre son mode de transport suivant (train, métro, bus ou covoiturage) et est assuré de le retrouver le soir venu.

 

Vélo-station du Pôle d’Echange de Simiane à Aix en Provence. Stationnement abrité et sécurisé, accessible grâce à la carte d’abonné de transport en commun.

 

Un projet de vélo-station est d’ailleurs dans les cartons de la ville d’Antibes depuis plusieurs années. Espérons que le récent engouement pour le vélo permette de remettre ce projet sur les rails et qu’il puisse voir le jour au plus vite.

La ville de Cannes est quant à elle en train de réaliser une vélo-station côté nord de sa gare qui devrait être terminée d’ici l’été 2017 (initialement prévue fin 2016).

La gare de Villeneuve-Loubet propose déjà une vélo-station avec accès par badge.

Vélo-station en gare de Villeneuve-Loubet. Un aménagement exemplaire comme on aimerait en voir dans toutes les gares du département.

 

C’est aussi l’opportunité d’implanter de nouveaux services liés au vélo tels qu’un atelier de réparation, un système de location… Un véritable écosystème vélo qui génère autant d’emplois non délocalisables (atelier de réparation, location, vélo-école, transport de colis, etc).

Station de réparation vélo autonome – Gare de Rennes

Le hangar à vélo

Moins coûteuse que la vélo-station, la vélo-box (ou hangar à vélo) est une solution très intéressante puisqu’elle ne nécessite pas de gros travaux ni de branchement électrique.

Le « fiets hangar » (hangar à vélo) vient de Hollande. Il est fermé à clé et protège les vélos des regards et de la météo. Il permet une co-location de 5 usagers.

5 usagers deviennent colocataires (après inscription) d’un garage et bénéficient donc d’un stationnement sécurisé.

C’est ce que nous préconisons pour le parking de covoiturage de Mouans-Sartoux dans cet article.

Venant des Pays-Bas, ces garages partagés peuvent être implantés dans les rues et ainsi répondre à la problématique du stationnement résidentiel.

La ville de Grenoble prévoit d’en implanter une centaine dans ses rues courant 2017.

 

Le box individuel

Des solutions de box individuels sont proposés par certaines collectivités. C’est le cas de Nantes aux terminus des lignes de transport en commun.

La CASA va expérimenter ce dispositif dans les mois à venir (implantation à la gare routière des Messugues de Sophia Antipolis).

Cet aménagement offre la meilleure sécurité possible : le box est fermé par le cadenas de l’abonné et le vélo peut être accroché par un antivol à l’intérieur.

Cependant, du fait du coût élevé (~1700€/vélo contre 600€/vélo pour les hangars à vélo), cette solution présente un inconvénient de taille : si les usagers sont au rendez-vous, il semble difficile de financer la pose d’un grand nombre de box individuels.

Modèle de box individuels (par Abri Plus) qui vont être implantés par la CASA à la gare routière des Messugues de Sophia Antipolis.

 

Box nouvellement installées sur Sophia Antipolis

Cohabitation avec les deux-roues motorisées

Les conflits d’usages entre les vélos et les deux-roues motorisées sont fréquents lorsqu’il s’agit des parkings.

En effet, l’offre de stationnement pour moto et scooter étant très peu fournie, il arrive souvent que ceux-ci « squattent » les arceaux vélo.

Un parking vélo avec marquage au sol indiquant un deux-roues motorisé, source de conflit d’usages.

Ceci est d’autant plus frustrant lorsqu’ils ne sont même pas attachés aux arceaux.

Pour pallier à ce problème, nous préconisons de faire deux espaces : un avec arceaux pour les vélos et un de type pince-roues pour les motos.

Il est important de bien marquer les deux parkings pour éviter les conflits. Un message invitant les usagers à respecter les emplacements peut faire la différence.

 

Aller plus loin :

Stationnement dans les espaces publics sur le site de la Fédération des Usagers de la Bicyclette
Mettre en place un bon parking velo de l’association belge Pro Vélo.
Guide avec fiches pratiques sur le parking vélo (en anglais) : https://www.dero.com/bike-parking-guide.pdf
Étude très complète des différentes solutions de stationnement vélo de courte et moyenne durée : http://omondouvelo.com/pdu/parkingvelo.html
Abri Plus, un fabricant d’abris vélo (dont les vélo-box qui vont être imlantés en gare des Messugues) : http://abri-plus.com/abris-velos-motos
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2 comments

  • Excellente synthèse, merci !

    Pour le stationnement longue durée, on peut aussi imaginer faire de la place aux vélos dans les parkings souterrains que beaucoup de villes ont fait construire (à grands frais).

  • Emma

    Lyon est assez exemplaire, à mes yeux, pour les parkings vélo et motos .
    Les deux types de parkings se côtoyent très souvent, poteaux à grosse chaînes pour les motorisés, et arceaux carrés pour les vélos, on cohabitent tous bien, avec parfois une belle grosse moto au milieu de nos jolis petits velos… et inversement … Je n’ai jamais connu de conflit. .. et ai eu l’occasion de rencontrer de sympathiques motocyclistes !
    Merci pour l’article , en tous les cas !
    E. only à vélo !!

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